Les niveaux de nappe au Québec sont-ils en baisse ?

Le Québec dispose depuis 2000 d’un réseau de puits de mesure des niveaux d’eau souterraine, le Réseau de suivi des eaux souterraines du Québec (RSESQ). Parmi ces puits d’observation, 152 puits ont de plus de 10 ans de mesures entre 2000 et 2022 (entre 46°N et 52°N de latitude; 980 000 km2). Les puits couvrent trois régions géologiques, la province métamorphique des Appalaches, le bassin sédimentaire de la plateforme du Saint-Laurent et la province métamorphique de Grenville (Bouclier canadien). Il est possible de distinguer cinq régions géoclimatiques : les Appalaches Sud et le Bouclier canadien Sud, tous deux sous 47°N de latitude avec une température annuelle > 4°C, les Appalaches Nord et le Bouclier canadien Nord (au-dessus de 47°N de latitude et plus froids), ainsi que la plateforme du Saint-Laurent. En groupant les puits d’observation en fonction de ces cinq régions, l’étude de l’évolution des niveaux d’eau souterraine au cours des deux dernières décennies a permis d’estimer les tendances, à la baisse ou à la hausse, des niveaux de nappe (Dubois et Larocque, 2024). Les tendances médianes sont légèrement à la baisse dans toutes les régions, sauf dans la portion nord du Bouclier canadien. Les tendances médianes sont toutefois faibles et varient d’une baisse de 1.8 cm/an (plateforme du Saint-Laurent) à une hausse de 0.06 cm/an (Bouclier canadien Nord). Les tendances sont très variables dans l’espace sur la plateforme du Saint-Laurent, probablement en raison de la présence de nappes libres et captives. L’étude a aussi montré que les niveaux à la baisse sont observés malgré une légère augmentation des précipitations entre 2000 et 2022, peut-être en partie en raison de la tendance à la hausse des températures. Les résultats ont également montré que la province n’a pas encore été touchée par des épisodes de sécheresses pluriannuelles qui imposeraient des niveaux d’eau souterraine en dessous des normales saisonnières pour plusieurs années consécutives. Les données disponibles ne montrent pas une baisse importante et généralisée des niveaux de nappe sur tout le territoire québécois. Toutefois, les données montrent que des changements commencent à se dessiner. Pour maintenir une veille continue de la situation, il faudra poursuivre le suivi des niveaux de nappe aux stations existantes et densifier les puits du RSESQ. 

Texte rédigé par Emmanuel Dubois, chercheur postdoctoral à l’EPFL (Suisse) 

Pour en savoir plus

Dubois, E., & Larocque, M. (2024). Contribution of standardized indexes to understand groundwater level fluctuations in response to meteorological conditions in cold and humid climates. Journal of Hydrology, 634, 131105.

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