Les lacs, tout comme beaucoup de rivières et de milieux humides, peuvent interagir avec les eaux souterraines à des degrés divers en fonction de la géologie, du climat et des altérations anthropiques de ces derniers. Dans le contexte du Canada où se trouvent 89 % des lacs nord-américains, et du Québec, qui héberge 22 % des lacs canadiens, les lacs sont principalement situés dans le roc fracturé du Bouclier canadien. Dans cette région, les interactions entre les eaux souterraines et l’eau de surface sont influencées par le degré de fracturation du roc, la nature des sédiments lacustres et le contexte géomorphologique. En général, les eaux souterraines alimentent principalement les lacs, mais un lac donné peut à la fois recevoir des eaux souterraines en zone amont et alimenter la nappe en zone aval (on parle alors de flowthrough lake). Dans tous les cas, les eaux souterraines peuvent jouer un rôle essentiel dans le bilan hydrique des lacs, en particulier pendant les périodes d’étiage estival alors que l’évapotranspiration est à son maximum. Cet apport est particulièrement important pour les débits aux exutoires des lacs et pour les milieux humides qui se développent en bordure des lacs.
L’ampleur de la contribution des aquifères aux lacs peut être estimée en utilisant des mesures locales provenant d’instruments de terrain, au moyen de traceurs naturels ou à l’aide de modèles numériques. Les études montrent que les flux d’eaux souterraines entrant aux lacs et ceux des lacs alimentant la nappe peuvent être très variables en fonction du contexte topographique et géologique. La littérature scientifique montre que les lacs situés dans un contexte de roc fracturé généralement peu perméable comme celui du Bouclier canadien reçoivent des volumes relativement faibles d’eaux souterraines par rapport à leur superficie, mais confirme néanmoins que ces lacs sont connectés à la nappe. Les pressions anthropiques locales telles que le pompage des eaux souterraines ou les changements dans l’occupation du territoire peuvent réduire la contribution d’eau souterraine au bilan hydrique des lacs. Les changements climatiques risquent quant à eux de modifier la dynamique hydrologique des lacs en raison des hivers plus courts, de la fonte de neige plus hâtive et moins importante, et des étés plus secs, des facteurs qui affectent la recharge des eaux souterraines sur les bassins versants qui alimentent les lacs.
Texte rédigé par James Harris, étudiant PhD à la Chaire Eau et conservation du territoire



